Déclaration de AMR

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DECLARATION DE AMR SUR LA SITUATION NATIONALE

L’Association Monde Rural (AMR) a donné le samedi 2 avril 2016 sa lecture sur certains aspects de la situation nationale. Entouré de quelques membres de la structure, le coordonnateur national Amadou Wangre a à travers une déclaration présenté aux hommes de médias de la région du Nord l ‘état de la décentralisation, le fonctionnement des délégations spéciales et la question controversée des « koglweoogo ». Les élections municipales du 22 mai 2016 qui se préparent ont aussi été abordées au cours de ce point de presse qui s’est tenu au siège des groupements Naam à Ouahigouya.

Association Monde Rural
Coordination Nationale
info@amrbf.org
amrburkina@yahoo.frlogo AMR
Ouahigouya, le 2 avril 2016
Salle de réunion 6’’s’’

Déclaration liminaire
Conférence de presse sur la situation nationale

Chers invités
Mmes et Messieurs les représentants des organes de presse
Mesdames et messieurs,
Bonjour et merci d’honorer par votre présence cette conférence initiée par l’Association Monde Rural (AMR). AMR souhaite et de façon courante grâce à votre appui et vos organes respectifs donner son point de vue sur l’actualité nationale et internationale, sur un certain nombre de questionnements qui intéresse le citoyen, la citoyenne, qui vous intéresse et qui nous intéresse. Il s’agit pour aujourd’hui :
 des élections municipales qui auront pour conséquence la fin des délégations spéciales (DS);
 du processus de décentralisation en cours ;
 de l’affaire dite des Koglwéogo, ces groupes d’autodéfense au sujet desquels des voix s’élèvent pour demander la dissolution ;
 de l’actualité à AMR.
Commençons par l’actualité à AMR
Créée en 1996 à Gourcy dans cette même région du Nord le 24 avril 1996, AMR va souffler ses vingt bougies d’existence. Elle s’est fixée pour objectif de faciliter la participation et l’implication citoyenne dans la gestion des affaires publiques locales. L’année 2016 est inscrite comme année de majorité de AMR. C’est pourquoi, tout au long des mois à venir, il sera organisé un ensemble d’activités marquant cet évènement auxquelles vous serez naturellement conviés.
Chers invités
Mmes et Messieurs les représentants des organes de presse
Mesdames et messieurs,
La participation de AMR aux délégations spéciales communales ;
Dans toutes les vingt huit (28) communes d’intervention de AMR, nous sommes partis prenantes du processus, notre participation nous a permis de tirer quelques satisfécits, mais aussi de constater des insuffisances. En effet, les nouveaux gestionnaires des collectivités issus de l’insurrection d’octobre 2014 ont fonctionné tous après un renforcement des capacités opéré par AMR grâce aux appuis techniques et financiers de nos partenaires que nous saluons au passage. Durant ce mandat exceptionnel, nous avons noté :
 Un bon niveau de débats grâce à la qualité des membres des DS ;
 Une participation citoyenne plus active (les jeunes de La-Todin, de Tibga ont montré leur intérêt sur les questions locales par des actions inédites) ;
 Une nette amélioration du fonctionnement de l’administration communale avec une tentative plus ou moins réussie du respect de l’organigramme type (comptable sous le secrétaire général, ce qui n’était pas le cas sous les conseillers élus)
 Quelques interpellations des DS avec succès (établissement d’actes d’état civil avec diligence et respect du citoyen-ne/client).
Nous notons aussi quelques insuffisances qui restent l‘absence d’une culture de redevabilité. En effet, les membres nommés n’inscrivent pas le fait de rendre compte dans leur logique;
Il faut noter aussi que, bien que les membres des DS aient été capacités sur la passation des marchés publics et sur la nécessaire implication du citoyen-ne, celles-ci sont restées une chasse gardée de certains PDS et de leurs SG, toute chose qui ne favorise pas une meilleure implication citoyenne et un bon suivi des politiques publiques locales.
C’est pourquoi, AMR voudrait, tout en félicitant les DS pour cette gestion réussie en cette période exceptionnelle et avec des difficultés aussi exceptionnelles en matière d’amélioration des services aux citoyen-nes, inviter les autorités actuelles à donner à la décentralisation toute sa quintessence et les mesures actuelles prises augurent de lendemains meilleurs pour notre processus.
Pour ce faire, et pour donner notre appréciation sur le retrait futur de la gestion du foncier annoncé par le PAN, AMR voudrait inviter les nouvelles autorités à une véritable autopsie de notre processus de décentralisation afin d’en apporter les véritables remèdes. S’il est vrai que certaines Collectivités Locales ont mal appréhendé leur mission dans ce domaine ci, il n’en demeure pas moins que dans d’autres secteurs et domaines, il est nécessaire d’appliquer un pansement adéquat en tenant compte de l’intérêt supérieur de la nation-collectivité locale.
Pour notre part et sur la base de nos constats terrain, nous notons malheureusement que plus de quatre vingt cinq pour cent (85%) des élus locaux ignorent d’une part les principes basiques de la décentralisation et d’autres part leur rôle dans ce processus. Cette tendance est plus ou moins entretenue par les formations politiques qui elles-mêmes ont une mauvaise appréhension du développement local et du militantisme politique. Ceci étant, la principale variable reste «la capacité de mobilisation de l’acteur ». Ce qui fait dire que le processus de développement local est pris en otage et compromet toutes les chances d’une meilleure implication citoyenne, porteuse d’actions et d’initiatives de développement. La conséquence, « tout le monde attend tout de l’Etat ou du parti-Etat ». Dans un tel état d’esprit, le processus de décentralisation quoique visant la démocratie locale et le développement à la base ne peut aucunement atteindre sa mission.
C’est pourquoi, AMR souscrit volontiers et conduira des actions dans le sens d’une amélioration du code général des collectivités locales afin de permettre un décollage économique, social et politique de nos collectivités territoriales. Elle fait sienne le principe de subsidiarité comme principe fondamentale et y adjoint celui de ‘’capacité’’.
La décentralisation pour être effective dispose d’un mode de fonctionnement qui lui est propre. Celui-ci est très différent de l’administration classique. L’amalgame entre les deux donne un coup sérieux au processus de décentralisation, d’où sa prise en otage.

Chers invités
Mmes et Messieurs les représentants des organes de presse
Mesdames et messieurs,

La problématique des kogloweogo ;
D’emblée il faut dire que beaucoup a déjà été dit sur ces groupes d’auto défense. Mais l’intérêt pour AMR c’est de contribuer par sa position et son argumentaire au débat national sur le sujet, ce d’autant plus que les discussions font toujours rage.
L’affaire des Koglwéogo est devenue préoccupante depuis que les dérives ont été mises à nue et étalées au grand jour. Mais les Koglwéogo ne datent pas d’hier. Pour ne citer que le cas de Ouahigouya ici, ces structures existent depuis bien longtemps et disposent d’une reconnaissance juridique. Et les résultats de ces structures leur ont valu la médaille d’honneur de la police. C’est leur généralisation et les dérives qui sont leurs faits qui provoquent tous les remous que vous constatez.
Il faut déplorer et regretter tous les cas malheureux qui sont survenus (pertes en vies humaines, tortures et autres pratiques indignes de l’être humain). Ces structures dites d’auto-défense sont la résultante de l’insécurité généralisée dans notre pays et de l’incapacité de l’Etat à assurer la sécurité des citoyennes et citoyens.
Ceci étant, que faut-il faire face à la situation actuelle ?
A AMR, nous pensons que la participation communautaire dans la lutte contre l’insécurité est une chose indispensable, mais nous disons que des associations et structures privées ne peuvent pas assurer la sécurité des populations de manière durable et sans dérives. Il est illusoire de penser que les Koglwéogo peuvent remplacer efficacement et durablement la police, la gendarmerie et l’armée en matière de maintien de paix et de quiétude des citoyens.
Si la naissance de tout groupe est l’expression d’une dynamique plurielle et une forme de progrès et de liberté humains, les groupes d’auto-défense de notre pays se sont malheureusement illustrés dans la violation des droits de la personne humaine. AMR n’a pas la prétention de donner des leçons de constitution de groupes. Mais elle pense que dans une démocratie – qui d’ailleurs promeut toutes formes d’organisation comme expression d’une liberté-, nous pensons que ces groupes d’auto-défense qui sont naturellement nés des besoins urgents des communautés, gagneraient tout simplement à se conformer aux règles de la république.
La sécurité des personnes et des biens sont de la responsabilité totale et entière de l’Etat. Si des groupes se sont formés, il faut voire en cela une incapacité de l’Etat à leur assurer la sécurité. Dans tout Etat, il est admis que le monopole de la violence est du ressort de l’Etat pour faire régner l’ordre, la quiétude. Si cette violence est utilisée par une partie de la population pour créer l’inquiétude, la désolation, voire le désordre, nous ne pouvons qu’interpeller l’Etat à jouer son rôle en matière de sécurité par la prise de mesures préventives car l’amateurisme, la défiance de l’autorité de l’Etat pourraient entrainer tôt ou tard des groupes anti-kogloweogo, toute chose qui serait difficilement maîtrisable par l’Etat.
En l’état actuel, AMR pense que l’Etat peut et doit :
• Demander aux groupes d’auto-défense à se constituer en associations ou groupements ou tout autre chose reconnue par la république à l’image de ceux du Yatenga;
• Inviter les Koglwéogo à adhérer à des associations d’auto-défense existantes ;
En tout état de cause, AMR s’oppose énergiquement à l’idée d’une structuration de ses groupes informels par l’Etat et à toute forme de violence perpétrée par quelconque groupe fut-il d’auto-défense sur toute personne qui du reste est une violation flagrante des droits de l’homme.
C’est parce que l’Etat est déficient, défaillant que les Koglwéogo agissent. L’Etat, le notre doit impérativement se réformer, s’affirmer, et reprendre les choses en main.

Chers invités
Mmes et Messieurs les représentants des organes de presse
Mesdames et messieurs,

Les élections locales de mai 2016.
Ces élections ont lieu le dimanche 22 Mai 2016. Et AMR du fait de sa mission cardinale qui est de contribuer à améliorer la gouvernance locale dans les collectivités où elle intervient, se doit d’attirer l’attention des acteurs impliqués dans le processus sur les aspects ci-après. Le local étant la brique du national, si ces briques ne sont pas de bonne qualité, ou du moins mal disposées, autant dire que l’édifice c’est-à-dire le national s’en trouverait affecté. Nous répondons ici à une invite du Président de la CENI qui a appelé chaque acteur à se préparer pour contribuer de façon significative, à la mise en œuvre du processus électoral.
Ces élections locales permettront de doter les CT d’organes élus. Pour l’instant, nous nous réjouissons de la qualité organisationnelle des élections couplées de 2015 et fondons l’espoir que la CENI et ses démembrements nous ferons vivre (revivre) encore des opérations électorales inédites, acceptées par tous, gage d’une stabilité et socle d’un développement. D’ores et déjà, le processus entamé roule sur des roulettes et les états-majors des différentes formations politiques ont déjà affûté leurs armes pour la conquête des CT. Et c’est l’occasion de féliciter la CENI et ses démembrements pour ce qui a déjà été fait en termes d’information de l’opinion publique et des acteurs. C’est une dynamique qu’il faut poursuivre et renforcer.
Nous nous rappelons que lors des élections couplées de novembre 2015, le conseil d’Etat sur la base des plaintes citoyennes, avait invalidé des candidatures en application des dispositions du code électoral nouveau qui est en vigueur. Pour les élections locales, et fondantes sur cette même logique, les juristes parlent de « parallélisme de forme », nous voudrions en appeler à la vigilance de tous les acteurs et citoyen-nes responsables sur l’invalidité de certaines candidatures aux postes de conseillers municipaux. En effet, les députés comme les maires avaient soutenu publiquement le Président COMPAORE dans sa forfaiture et de son entêtement de modification de l’article 37. Nous pensons que toutes ces personnes (députés et maires) se doivent de marquer une pause politique et permettre aux citoyen-nes ‘’sains’’ de compétir sainement. Toute chose qui donnerait un sens à notre insurrection d’octobre 2014. Notre position se fonde sur la disposition de notre code électoral qui stipule en son article : Article 242. [Loi n° 005-2015/CNT du 7 avril 2015 – Art. 1. Ne peuvent être élus conseillers municipaux :
– les personnes privées du droit de vote ;
– toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique notamment au principe de la limitation du nombre de mandat présidentiel ayant conduit à une insurrection ou à toute autre forme de soulèvement ;
– les personnes qui sont pourvues d’un conseil judiciaire ;
– les personnes indigentes secourues par le budget communal ;
– les maires et les conseillers municipaux démis d’office pour malversations même s’ils n’ont pas encouru de peine privative de droits civiques;
– les débiteurs admis au bénéfice de la liquidation judiciaire à partir du jugement d’ouverture de la liquidation et pendant un délai de deux ans ;
– les étrangers ayant moins de cinq ans révolus de nationalité burkinabè. ]
Sur cette base tout citoyen peut dès la validation des candidatures s’opposer si toutefois, il dispose de preuves, mais AMR souligne que cela doit se faire dans le respect de la république.
Pour terminer, nous revenons sur l’information relative au processus et en interpeller tous les acteurs.
Qu’il s’agisse de la CENI, des partis politiques ou des ONG et associations qui interviennent en matière électorale, l’information est cardinale dans tout processus local. Nous invitons donc l’ensemble des acteurs à privilégier l’information de proximité et surtout à donner les moyens (pour ceux qui le peuvent) aux structures pour leur permettre de bien faire leur travail.

Chers invités
Mmes et Messieurs les représentants des organes de presse
Mesdames et messieurs,
Si AMR a pu résister à toutes les sécheresses et à toutes les crues et se positionner telle une structure à même d’essuyer davantage les larmes des plus démunies, des plus pauvres et accroitre la participation citoyenne, c’est très certainement grâce à la presse et particulièrement celle de la région du Nord aux côtés de nos PTFs. Je m’en voudrais de ne pas vous réitérer toute la gratitude de notre association et vous inviter à nous accompagner davantage car il n’y a que ce qui se ressemble qui s’assemble.
Avec AMR, pour un monde Meilleur, Juste et Equitable !
La coordination nationale

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